Posté le: Lun Oct 22, 2007 8:40 am Sujet du message: Les histoires du Mollah Nasrudin
L’ennui avec les gens
Nasr Eddin traverse la ville sur son âne, juché par-dessus à l’envers. Les quolibets ont beau pleuvoir dru, le Hodja reste très digne sous son turban.
- Nasr Eddin, l’admoneste sévèrement un de ses amis au passage, cesse donc de te ridiculiser ainsi aux yeux de tous. Tu vois bien que tu es assis du mauvais côté !
- Pas du tout, mon cher. C’est là l'ennui avec les gens. Ils ne voient qu'une possibilité là où il y en a deux : en ce qui me concerne, je suis bien face à la direction où je veux aller. Seulement voilà, cet imbécile qui est en dessous n’en sait rien.
Posté le: Jeu Oct 25, 2007 7:13 am Sujet du message:
Entendons-nous bien
Londres, British Museum. Un groupe de touristes, conduit par un guide, visite le département des antiquités égyptiennes.
- Ce sarcophage a cinq mille ans, explique le guide.
Un personnage portant barbe et turban, en qui l'on aura reconnu Mulla Nasrudin, se détache du groupe :
- Tu fais erreur ! Ce sarcophage a cinq mille trois ans.
Les touristes sont impressionnés, le guide se renfrogne. On passe dans une autre salle.
- Ce vase, dit le guide, a deux mille cinq cents ans.
- Deux mille cinq cent trois, corrige Nasrudin.
- Mais enfin, comment peux-tu assigner une date aussi précise à des objets anciens ? Peu m'importe que tu viennes d'Orient ! Personne au monde ne peut connaître l'âge exact de ces pièces !
- C'est pourtant bien simple : la dernière fois que je suis venu ici, c'était il y a trois ans : tu as dit alors que le vase avait deux mille cinq cents ans. »
Sexe: Inscrit le: 18 Fév 2007 Messages: 609 Localisation: Habitant de nul part Originaire de partout
Posté le: Jeu Oct 25, 2007 1:16 pm Sujet du message:
Vraiment très bon!
Merci Regbar. _________________ “Nous ne sommes pas spéciaux.
Nous ne sommes pas de la merde ni de l’ordure non plus.
Nous sommes, c’est tout.
Nous sommes, c’est tout, et ce qui arrive arrive, c’est tout.”
Posté le: Jeu Nov 01, 2007 2:18 pm Sujet du message:
Qui croire ?
Un voisin passe voir Nasrudin.
« Mulla, veux-tu me prêter ton âne ?
- Désolé, je l'ai déjà prêté. »
A ces mots, l'âne, qui se trouve dans l'écurie, se met à braire.
« Hé ! Mulla, ton âne est là, je l'entends.
- Un homme qui attache plus d'importance à ce que dit un âne qu'à ce que je dis moi, ne mérite pas qu'on lui prête quoi que ce soit », fait Nasrudin, très digne, en lui fermant la porte au nez.
Dernière édition par Regbar le Jeu Nov 01, 2007 2:20 pm; édité 1 fois
Posté le: Lun Nov 05, 2007 8:50 am Sujet du message:
Justification
Nasr Eddin, prenant un grand sac sur le dos, entra un beau matin dans le verger d'un voisin. Aussitôt, il se mit en devoir de remplir le sac de tout ce qui lui tombait sous la main, melons, pastèques, betteraves, et autres carrottes. Mais voilà qu'il fut surpris par le propriétaire.
- Que cherches-tu ici ? cria-t-il.
Le Hodja, embarrassé, tenta de se justifier :
- N'est-ce pas qu'hier soir, il s'est élevé une bourrasque qui a ravagé le verger ? Eh bien, la violence du vent m'a poussé jusqu'ici.
Le propriétaire, sceptique, ajouta :
- Mais, dis-moi un peu, qui donc a ramassé tout cela ?
- Voilà... Comme j'étais entraîné de côté et d'autre, afin de ne pas me laisser choir, je m'accrochais tout naturellement à tout ce que je rencontrais. C'est ainsi que ces cucurbitacées sont restées entre mes mains.
- Cependant, je voudrais bien savoir qui les a mises dans ce sac, continua le propriétaire.
Ne parvenant pas à trouver à cette question une réponse de nature à sauver les apparences, Nasr Eddin, déconcerté, secoua la tête :
Posté le: Jeu Nov 08, 2007 11:13 am Sujet du message:
Tout le monde est là
Allant chercher des œufs au marché, Djeha-Hodja Nasreddin en ramena un.
- Comment ! lui dit sa femme. Que veux-tu que je fasse d'un seul œuf ? Il m'en faut une demi-douzaine ! Pourquoi fais-tu toujours les choses au compte gouttes ?!?
Il retourna au marché et ramena cinq autres œufs. Mais, quelque temps après, sa femme tomba malade et était mal en point.
- Va vite me chercher un médecin, lui dit-elle, ce qu'il fit illico.
Il arriva avec plusieurs personnes et dit à sa femme :
- Cette fois, tu n'auras pas de reproches à me faire car j'ai suivi ton conseil et je t'ai ramené la demie-douzaine : avec le médecin, voici le pharmacien, le commerçant du bazar qui t'a apporté une bouillante pour te tenir chaud, le marchand de bois pour nous permettre de faire un bon feu dans la cheminée, l'imam qui va prier pour ta guérison et, il y a même le croque-mort, on ne sait jamais !
Posté le: Lun Nov 12, 2007 8:14 am Sujet du message:
Un méchoui pour la fin du monde
Les voisins de Nasreddin convoitaient son agneau gras.
- Quel bel agneau que voilà, Djeha-Hodja Nasreddin, dit, d'un ton songeur, Oualid qui passait par-là. Qu'il est dodu et tendre, grâce à Dieu !
Nasreddin jeta un regard soupçonneux à Oualid qui continuait à penser à haute voix :
- Il est bien dommage de perdre cet agneau quand la fin du monde est pour demain !
- La fin du monde ? S'étonna Nasreddin.
- Tu n'es pas au courant ? Dit Oualid. Si nous faisions rôtir l’agneau rapidement, il ne serait pas perdu quand la fin du monde viendra.
- Pourquoi pensez-vous que la fin du monde est pour demain ?
- Pourquoi ? Vous n'avez donc pas entendu ? Chacun en parle.
Oualid interpella un groupe d'hommes qui étaient assis, prenant le soleil au seuil de la porte voisine et leur dit :
- Nasreddin n'a pas entendu dire que la fin du monde était proche. Il ne réalise pas combien il serait sage de sauver cet agneau dodu en le mangeant, tant que nous sommes en vie pour l'apprécier.
- Oh ! C'est la chose la plus sensée à faire, dirent-ils, en chœur.
Alors Nasreddin prit sa décision et leur donna rendez-vous pour le lendemain, près de la rivière, leur promettant le plus succulent des méchouis. Le jour suivant était parfait pour un pique-nique au bord de la rivière. Les hommes invités par Nasreddin et beaucoup de leurs amis étaient là quand les premières volutes de fumée montèrent du feu où Nasreddin faisait rôtir l’agneau et cuire une énorme marmite de pilaf avec des pistaches.
- Notre dernier jour au monde, se lamentait Nasreddin, essuyant des larmes dont on ne sait si elles étaient provoquées par la douleur ou par la fumée du feu de bois ? Louange à dieu pour ce jour chaud et ensoleillé. Si je n'étais occupé à rôtir cet agneau, j'irai faire une dernière baignade à la rivière.
- Quelle bonne idée ! Dirent les convives. Nous allons nous baigner pendant que tu rôtiras la viande.
En peu de temps, leurs vêtements étaient entassés près de Nasreddin et ils barbotaient dans l'eau de la rivière. Ils ne pouvaient pas voir Nasreddin, mais ils pouvaient entendre le crépitement du feu et le son de sa voix :
- D'une minute à l'autre, ce sera la fin du monde.
Ayant mauvaise conscience, ils songèrent à lui dire que c'était une plaisanterie. Et alors ils pourraient en rire ensemble en mangeant l’agneau. A l'odeur de l’agneau en train de rôtir s'ajoutait une autre odeur moins agréable, mais qu'ils ne pouvaient identifier. Ils sortirent de l'eau et regardèrent l'endroit où ils avaient déposé leurs vêtements. Ces derniers étaient dans le feu en train de brûler. Nasreddin sourit et dit :
- Oh ! Vos vêtements ? J'ai réalisé que, avec la fin du monde qui ne devrait pas tarder, vous n'en auriez plus jamais besoin.
Posté le: Jeu Nov 15, 2007 12:55 pm Sujet du message:
S’oublier soi-même
Nasrudin fait la quête pour les pauvres. Il se présente à la porte d'un château.
« Annonce à ton maître, dit-il au portier, que Nasrudin est là et qu'il demande de l'argent. »
Le portier disparaît à l'intérieur et revient peu après : « J'ai le regret de te dire que mon maître est absent ! »
Nasrudin lui répond :
« Permets-moi alors de te confier un message à son intention. Bien qu'il n'ait pu apporter sa contribution, le conseil lui est donné gratuitement : la prochaine fois qu'il sortira, dis lui de ne pas laisser sa tête à la fenêtre, quelqu'un pourrait la voler. »
Posté le: Lun Nov 26, 2007 11:28 am Sujet du message:
Pourquoi ne pas boire ?
Mulla Nasrudin refusa l'ordre de boire que lui donnait un vacher et ce,
pour trois raisons.
« Explique-toi ! » rugit la terreur de la ville.
« Premièrement », dit le Mulla, c'est interdit par ma religion. Deuxièmement, alors qu'elle était sur son lit de mort, j'ai promis à ma grand-mère que je ne prendrai pas, que je ne toucherai pas, que je ne goûterai pas à cette chose maudite. »
« Et la dernière raison, la troisième ? » insista la brute, quelque peu radoucie.
Posté le: Dim Fév 03, 2008 10:53 pm Sujet du message:
Présentons-nous
Il était une fois un fameux scheik qui détestait les plaisanteries du Mulla Nasrudin. Il décida d'assener à ce mollah insignifiant une leçon qui le remettrait à sa place.
Le meilleur endroit pour couvrir de honte un Mollah est bien entendu devant la mosquée, à l'heure où les croyants se rassemblent pour la prière de vendredi.
Le scheik, irrité, fit un pas en avant vers Nasrudin et cria - pour que tout le monde l'entende :
« Idiot ! »
Sans tarder, le Mollah s'inclina avec profond respect et répondit :
« Très honoré de faire votre connaissance. Permettez-moi de me présenter, à mon tour! Je m'appelle Nasrudin. »